Situé sur le domaine public maritime découvrant, ce site, resté pendant longtemps énigmatique, correspondrait en fait à l'emplacement d'un ancien camp fortifié. Il n'en reste actuellement que des fondations en pierre qui émergent à marée basse.
Les Normands ont du y établir une place forte sur les restes d'un ancien castrum romain. Occupé vraissemblablement entre 900 et 950, il devait consister en une fortification de bois juché sur un promontoire de terre entouré d'un assemblage de pierres qui dominait la Rance et en un retranchement extérieur certainement protégé par des pieux pouvant accueillir les drakkars à l'abri côté terre.
Tout porte à croire que la présence des Viking en Bretagne fut plus importante que l'on ne la considère souvent. La terre porte encore la trace des leurs camps édifiés ou réaménagés au début du Xè siècle.
Les danois ont profité de la désorganisation des contrées maritimes bretonnes après la fuite éperdue des élites religieuses et laïques qui laissèrent les paysans sans moyens de défense matérielle et spirituelle devant les incursions des barbares.
La région de Dol et celle de Saint-Brieuc ont vu l'établissement d'une communauté noroise pendant une génération environ. Les sites sont tous en bordure de mer ou à proximité d'une rivière qui s'y jette car, malgré l'adoption du cheval, les bandes de pillards demeuraient des marins dans l'âme et ne s'éloignaient guère de la frange littorale.
Dans l'anse de Vigneux, le camp de Saint-Suliac se présente comme un retranchement polygonal défensif, à comparer avec le camp du Vieux M'na à Trans ( une quinzaine de kilomètres au sud-est de Dol). Il est assis sur un îlot de vase accessible par voie de mer et se trouvait protégé du côté de terre par des fossés naturels tapis de vase molle à marée basse ou remplis d'eau à marée haute. Une ceinture de rempart continue de plus de 600 mètres, a été éventrée au nord vers 1880 quand un ostréiculteur voulut transformer l'enclos en parc à huître. L'espace intérieur (2,15 hectares) a subi de fortes dégradations à l'époque de ces travaux qui dégagèrent du matériel archéologique, ossements d'animaux et armes en fer. Sur le retranchement principal se greffe un talus face à la rive. L'ensemble est remarquablement situé pour permettre un contrôle aisé de la circulation fluviale sur la Rance comme de la circulation terrestre vers le Clos-Poulet. Il s'agit sans doute du retranchement de Gardaine qu'évoque au XII ème siècle la Chanson d'Aiquin.(Un chef viking se nommait Incon au xè siècle, la forme de ce nom évoluera ensuite en Aiquin aux siècles suivants en phonétique romane).